Les églises de Camargue
Samedi 4 octobre 2025, une journée immersive à la découverte du patrimoine religieux et architectural unique de la Camargue, entre histoire, spiritualité et paysages préservés a été organisée en partenariat avec Odile Caylux. Elle vous a fait explorer des églises et chapelles emblématiques, souvent méconnues, qui témoignent de la richesse culturelle de la région.
Eglise Saint-Pierre de Saliers
L’église de Salier a été construite en 1827 sur les fondations d’une ancienne chapelle datant du XIIème siècle.
Menaçant de s’effondrer, l’édifice a été entièrement restauré en 1930 par l’architecte Léon Véran grâce à la générosité de Mlle de Jonquière. Elle finança une grande partie des travaux et offrit un nouvel autel néo-gothique, de belle facture.
L’édifice orienté est-ouest, est composé d’une nef unique surmontée de quatre voûtes sur croisées d’ogive entrecoupées d’arcs doubleaux. Le style général de l’église se rattache aux architectures romane et gothique de style méridional. La façade d’entrée a conservé des blasons sculptés et un clocheton récemment restauré.
Eglise Saint-Vincent d’Albaron
L’église d’Albaron fut construite en 1884.Elle existait déjà au Moyen Age et dépendait à l’époque du château d’Albaron. Erigée sous le vocable de Saint-Vincent et devenue paroisse en 1230, elle tomba en ruine en 1636 à cause des guerres de religions. Elle fut alors reconstruite en 1638 aux frais des fidèles et grâce à la volonté de l’archevêque Mgr de Barrault ainsi qu’aux libéralités de Don Antoine de Rampelle. En 1794 l’église fut dévastée et vendue comme bien national puis reconstruite au XIX e siècle.
Aujourd’hui, l’édifice se présente sous la forme d’un bâtiment à nef unique surmonté d’un clocher en pierre de taille. Sa façade principale est en pierres de Fontvieille. Le presbytère est accolé à l’église. Suite à une importante campagne de restauration au milieu du XXe siècle, les élévations transversales et arrière ont été consolidées par un système de contreforts et de poutres en béton. L’ensemble est lié par une ceinture périphérique en béton.
Eglise Saint-Trophime de Salin de Giraud, quartier Péchiney
Cette église date des années 1930. Elle a été édifiée sur un terrain de la compagnie Alais Froges Camargue. Cette compagnie l’a donné à titre d’un bail emphytéotique de 99 ans à l’association diocésaine d’Aix-en-Provence et a participé au financement de sa construction. Une souscription et une somme réunie par le curé l’ont complété.
Sa forme générale rappelle une grande bergerie de Crau ou de Camargue, avec une grande flèche qui s’élève vers le ciel.
L’église, à nef unique, est couverte d’une voûte surbaissée en berceau brisé, réalisée en bois. Elle repose sur des murs en béton rythmés par des contreforts.
Eglise de Barcarin à Salin de Giraud
Située un peu à l’écart du village de Salin de Giraud, l’église de Barcarin est une des dernières églises de l’organisation paroissiale de la Camargue. Elle est réalisée au XVIIe siècle par Mgr de Barrault.
Issu d’une noble famille d’Aquitaine, ancien évêque de Bazas, Mgr Jean Jaubert de Barrault fut choisi en 1630 pour succéder à Mgr du Laurens sur le siège archiépiscopal d’Arles.
En 1635, il voulut mettre fin à l’état alarmant de déchristianisation dans lequel se trouvait, faute d’églises et de prêtres, ce vaste territoire qu’on appelait alors « l’Isle de Camargue« ».
Mgr de Barrault confie alors à un membre de la Communauté parisienne de Saint-Nicolas du Chardonnet, le soin de faire une enquête sur la vie religieuse en Camargue.
« Description de l’Isle de Camargue »
« …Cette isle est bordée d un bout et des deux costés de la Rivière du Rosne et de la ville d’Arles et de l’autre bout de la Mer… En toute l’Isle on ne boit de l eau que du Rosne, telle métairie va la quérir deux lieues loin l’été quand le Rosne est bas. Il y a des vents intolérables. l’Isle a de la chaleur en été qui appelle à desespoir 4 ou 5 mois d’esté, il y a des moucherons avec des importunités desesperables de plus deux ou trois semaines durant en esté, de petites mouches à milliers de millions qui portent à sa desesperade…Cela picque furieusement…
Il s’y trouve des gens qui de 10 et 12 ans n’ont veu prêtres ny cleres ny messes…
L’isle a demandé des églises et des prêtres et a playdé au parlement d Aix »…
Mgr de Barrault prévoit une église paroissiale au centre du terroir, à Villeneuve, celle de cinq ou six succursales, d’une école paroissiale, d’un séminaire ainsi que l’organisation de missions. Pour les prêtres à désigner, l’ordonnance stipulait qu’il « seroit utile que tous ou la plupart desdits prêtres fussent du pays ou du voisinage afin de mieux entendre le langage de l’Isle ». Leur formation serait assurée par la Communauté de St-Nicolas du Chardonnet ou le Séminaire d’Arles.
En 1636, il promulgue une ordonnance portant « qu’il sera construit six cha-pelles dans l’Isle de Camargue« , la dépense devant être assurée pour un tierspar l’Archevêque et le Chapitre de St-Trophime, et pour les deux tiers par les paroissiens.
Toutefois ce programme ne fut pas exactement suivi et sa réalisation connut un certain retard puisque Mgr de Barrault ne devait donner que le 31 janvier 1639 le prix-fait d’une première tranche de travaux comprenant seulement la construction de quatre églises : celles du Palmier, de la Trésorière, du Sambuc et de Villeneuve. Ces quatre édifices étaient achevés à la fin de l’année 1643, quelques mois après le décès de Mgr de Barrault à Paris.
Son successeur, Mgr de Grignan, ne manifesta pas autant de zèle dans le domaine de la construction puisqu’un tiers de siècle fut encore nécessaire pour pouvoir mener à bonne fin le projet mis en chantier en 1639.
Quelques années après, en 1656, il fallut procéder à la reconstruction de la façade de l’église du Sambuc qui menaçait ruine, sans doute faute de fondations suffisantes, et renforcer la nouvelle façade par de solides contreforts latéraux.
Les visites pastorales des archevêques d’Arles en 1699 et de 1740, nous révèlent que ces églises rurales, bien que d’une architecture fort simple, n’en possédaient pas moins un mobilier important et tous les ornements nécessaires à l’exercice du culte. Mais les églises de Camargue n’ont pas échappé aux troubles de l’époque révolutionnaire. Après avoir été désaffectées, elles ont été vendues comme biens nationaux ; leur mobilier a été détruit ou dispersé. Certaines d’entre elles ont été purement et simplement démolies et leurs matériaux remployés pour construire des bâtiments agricoles ou des digues.
D’autres ont été si radicalement transformées qu’il n’est plus possible de retrouver un seul vestige de leur structure ancienne. A notre époque, des six succursales édifiées de 1639 à 1673 entre les deux bras du Rhône et la mer, il ne reste plus que deux bâtiments identifiables : l’église du quartier du Sambuc et l’église du quartier de Villeneuve.
L’église de la paroisse du Plan de Bourg est transférée en 1855 à Barcarin à proximité du village de Salin de Giraud. En 1858, le baron de Rivière cède un terrain pour la construction d’un nouvel édifice sur le domaine dit de Paulet. Le projet est financé par les fidèles et le propriétaire, aidés d’une participation de la Ville et de l’Etat.
L’église est inaugurée en 1865 et bénie en 1868.
Aujourd’hui encore, l’édifice, orienté est-ouest, se présente sous la forme d’un bâtiment à nef unique, surmonté d’un plafond à la française, que recoupe un arc diaphragme en pierre de taille, contrebuté par de hauts contreforts appareillés.
Sa façade principale en pierres de Fontvieille, a conservé une vaste porte encadrée de colonnes, dont le fronton triangulaire est décoré de deux niches portant des statues.
Église du Sambuc
L’église du Sambuc a été édifiée au XVIIème siècle. Elle est l’une des plus anciennes églises de Camargue et faisait partie de l’ensemble des six églises destinées à lutter contre la déchristianisation de la région et commandées en 1636 par Mrg de Barrault.
Sa façade fut reconstruite en 1656 et sa toiture refaite à la fin du XIXe siècle.
Une importante campagne de restauration a été réalisée en 1956 qui a consisté à renforcer la structure du bâtiment par l’ajout de contreforts et de tirants métalliques.
L’église du Sambuc est composée en plan d’une nef unique orientée Est-Ouest et surmontée d’une voûte en arc brisé. Une seconde construction est venue s’accoler ultérieurement dans le prolongement de la nef.
La porte d’entrée, les encadrements des fenêtres, les contreforts et le clocher sont en pierres de Fontvielle
Église de Gageron
L’église de Gageron a été construite au XIXème siècle et contient des statues représentant Jeanne d’Arc et saint Roch.
L’église actuelle est composée d’un plan simple constitué d’une nef, d’un chœur et d’un presbytère. La nef est entrecoupée de quatre voûtes d’arêtes séparées par des arcs doubleaux. Quant au chœur, il est surmonté de voûtes d’arêtes rayonnantes.
La façade principale et le clocher ont été réalisés en pierres de taille dites pierres de Fontvieille et les maçonneries en moellons recouvertes d’un enduit. Les voûtes sont en plâtre et recouvertes d’une peinture. Les vitraux, représentant des personnages et des motifs géométriques, sont d’une qualité remarquable.
L’église de Villeneuve
Ell existait déjà au Moyen Âge.
Elle fut l’une de celles reconstruites au XVIIe siècle, à l’initiative de Mgr de Barrault.
L’édifice a un plan rectangulaire à nef unique orientée est-ouest.
Il ne reste rien des autels, fonts baptismaux et bénitiers « gaudronnés » (sculptés) en pierre de taille prévus dans le prix-fait.
Transformée en bâtiment agricole après sa désaffectation sous la Révolution, elle a subi de nombreux remaniements.
Vers 1860, une nouvelle chapelle fut construite. Le projet de construction d’une nouvelle église fut abandonné.
L’ancienne église abrite aujourd’hui un restaurant.
Restaurations à prévoir
L’ensemble de ces églises, dont l’intérêt patrimonial est grand, est en mauvais état et nécessiterait des restaurations importantes. Toutes présentent dans leurs murs des remontées de sel importantes qu’il faudra traiter.
La consolidation des maçonneries, le traitement des fissures, la réfection des enduits extérieurs et intérieurs et des sols, la révision des charpentes et des toitures et si besoin leur remise en état, la mise en place de drains pour assainir les édifices, la restauration des vitraux etc. sont les travaux indispensables qu’il faudra faire le plus rapidement possible.
Ce texte est tiré de l’étude effectuée par la DRAC sur les églises de Camargue en 2010.
Voir aussi le texte de Jean Boyer, conservateur en chef honoraire des Musées nationaux, dans le Courrier du Parc Naturel Régional de Camargue, n°10, mars 1977.
Les églises de Camargue sont présentées également dans le site de l’association des Amis du Vieil Arles.
